La résilience comme force positive

Les perturbations ont le pouvoir de bouleverser nos vies. Mais abordées de manière constructive, les perturbations et la résilience peuvent être positives.
Les situations stressantes présentent des défis. (Photo : Adobe Stock)

Les perturbations peuvent affecter les individus, la société ou la technologie et sont presque impossibles à éviter. Quelle est donc la meilleure façon pour les humains et les machines de réagir à ces problèmes ? Et comment peuvent-ils rebondir plus fort après des situations difficiles ?

Les deux faces d'une même pièce

Les perturbations sont souvent source d'incertitude, car nous ne savons pas comment y faire face : «Nous avons l'impression que notre pouvoir et notre contrôle sur la situation sont limités», explique la psychologue Petra Schmid, professeure adjointe au département de management, technologie et économie. Les perturbations de notre vie quotidienne déclenchent une réaction en chaîne : «Lorsque notre routine est interrompue, nous devons faire preuve d'une plus grande maîtrise de soi pour compenser la perturbation, explique-t-elle. Selon la vulnérabilité d'une personne aux perturbations, elle peut en fait sortir renforcée d'une expérience négative si elle applique la bonne stratégie de résilience», explique la professeure Schmid.

La clé du progrès ?

La perturbation peut être indésirable, mais elle peut avoir un effet positif en ouvrant la voie au changement : «La perturbation crée un sentiment de flux ou de bouleversement que nous pouvons utiliser à notre avantage», explique la psychologue. Les périodes de changement sont l'occasion de réfléchir et de se concentrer sur nos valeurs fondamentales. Ils nous incitent à nous demander ce qui compte vraiment - et ce que nous voulons vraiment. «Les gens ont tendance à être moins enclins à aborder ce genre de questions lorsque tout va bien», ajoute-t-elle. L'histoire montre que les perturbations entraînent des changements et des progrès remarquables, car les gens s'efforcent d'échapper au désordre et de ramener les choses à un état d'équilibre. La perturbation pourrait-elle donc être une condition préalable au progrès ?

Petra Schmid pense que oui : «Les perturbations dans notre vie quotidienne inspirent la créativité et l'innovation.» Si tout fonctionnait toujours sans problème, nous ne voudrions pas faire beaucoup de changements - c'est pourquoi la professeure Schmid voit des points positifs même dans la pandémie de coronavirus. Elle affirme qu'elle a donné naissance à de nouvelles formes de travail et encouragé les gens à consacrer plus de temps à des loisirs qu'ils auraient négligés en temps normal, qu'il s'agisse de nouvelles activités sportives, de l'apprentissage des langues ou de l'amélioration de soi.

«La perturbation crée un sentiment de flux ou de bouleversement que nous pouvons utiliser à notre avantage.»      Petra Schmid

Aspiration à la normalité

Le chercheur en sciences cognitives Christoph Hölscher s'intéresse à la résilience sous toutes ses formes, et pas seulement chez l'homme : «Le concept de résilience peut être appliqué à diverses disciplines», car tous les systèmes peuvent se trouver dans l'un des deux états suivants : leur état normal ou un état perturbé. Dans ce contexte, un système peut être un être humain, un élément d'infrastructure technique ou une combinaison des deux. Lorsqu'un système est perturbé, il aspire à être rétabli dans son état normal.

Ainsi, le principe de la résilience humaine peut également s'appliquer aux systèmes techniques, à condition que ces derniers soient capables de réagir de manière adaptative à leur environnement : «Une façon de développer la résilience est de recourir à la cognition adaptative», explique Christoph Hölscher. Il s'agit de la capacité à réagir de manière appropriée à son environnement et à tirer des enseignements des difficultés rencontrées : «Qu'il s'agisse d'une machine ou d'une personne, l'apprentissage a lieu lorsque quelque chose se produit qui ne rentre pas dans votre cadre standard.»

Recette pour une plus grande résilience

Christoph Hölscher s'intéresse particulièrement à la manière dont cela s'applique lorsque les machines apprennent de leurs utilisatrices et utilisateurs et vice versa. Par exemple, comment les entreprises de technologie médicale peuvent-elles concevoir des ventilateurs qui peuvent être utilisés rapidement et de manière appropriée dans une situation de stress ? Selon lui, il existe deux stratégies clés : «La première consiste à reconnaître que le système parfait n'existe pas. Plus précisément, il s'agit de s'exercer à utiliser le système dans des conditions normales et non stressantes, puis d'augmenter progressivement le niveau de stress au fur et à mesure de la formation. C'est le principe de la formation des pilotes, qui exige que les humains et les machines travaillent en étroite collaboration.

«Mais quelle que soit l'expertise d'une personne et la qualité de la conception du système, ce qui compte en fin de compte, c'est la capacité de l'individu à faire face au stress, explique Christoph Hölscher. La mesure dans laquelle nous attribuons une perturbation à nous-mêmes ou à un événement extérieur est essentielle. Il est important d'assumer une certaine responsabilité personnelle, mais si l'on s'en attribue trop, on risque de ne pas pouvoir avancer.»

Moteur de changement

Le fait est que nous avons besoin de perturbations pour mettre en marche les processus de transformation : «Les perturbations créent des opportunités de changement à long terme», souligne Christoph Hölscher. Comme Petra Schmid, il considère la pandémie comme un événement perturbateur qui sert à accélérer certaines tendances et innovations telles que le travail à domicile et la vidéoconférence. Les perturbations peuvent avoir des conséquences positives tant au niveau individuel que sociétal, mais elles ont toujours un prix, selon le chercheur. Les mécanismes d'adaptation sont importants, tout comme la capacité des systèmes concernés à s'adapter au changement. Avec beaucoup de réflexion et l'expertise nécessaire, nous pouvons laisser les perturbations et la résilience révéler leur côté positif.